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Jean-Claude Collot

Robert Abirached : Repenser les rapports entre culture et politique

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Ecrivain et critique, professeur émérite des universités, directeur du Théâtre et des Spectacles au ministère de la Culture de 1981 à 1988, Robert Abirached sort de sa réserve et dresse le bilan de la politique culturelle des dix dernières années. Cet intellectuel acéré, fin connaisseur des artistes et du théâtre, nous rappelle que la culture de l’imaginaire et de l’intelligence est indispensable à la démocratie.
« On a assisté à une bureaucratisation de la culture. »

Pourquoi sortir aujourd’hui de votre réserve ?
Robert Abirached : Je me suis tu volontairement pendant longtemps et cet entretien est sans doute un des derniers que j’accorde. J’ai fait l’expérience assez inattendue d’une disparition systématique du champ du ministère depuis une bonne dizaine d’années. Le contact avec les prédécesseurs était auparavant une tradition qui ne relevait pas seulement d’une sorte de bienséance mais du désir de maintenir une pensée. Au-delà de la vexation personnelle, qui n’est qu’anecdotique même si elle m’a éprouvé, j’ai surtout considéré ce silence avec inquiétude : cette absence de lien et de relais me paraît très significative. Les ministres de la Culture ne tiennent désormais plus compte des acquis. Ils profitent de ce qui a été mis en place mais en ignorent l’histoire, les difficultés et l’avenir. C’est ainsi que certaines choses piétinent, comme, pour n’en citer que quelques-unes, l’éducation artistique, l’évolution des rapports avec la société, la rénovation des initiatives embourbées ou tenues en échec, la mise à jour des idées fondatrices du service public. Ce silence, en supprimant la mémoire, rend plus difficile l’approfondissement de la réflexion.

Les CDN sont-ils en danger ?

  1. A. : Les CDN ont besoin d’être confortés dans leur mission. Ils ont atteint une étape où il faut leur redonner confiance. J’entends le ministère dire qu’il veut développer leurs réseaux, mais sans innovation et sans contact, sans aucune idée que la tradition doit être maintenue et toujours revigorée. La particularité du service public est de devoir être constamment réajusté, ce qui doit passer par un contact de ses agents avec les tutelles, dans le souci d’une réflexion commune : le ministère doit faire des propositions au service public. La réflexion sur la notion de politique culturelle, son évolution, la place qu’elle tient dans l’art contemporain s’est interrompue, surtout chez les politiques. Cet effort s’était fait autour de Jack Lang et avait essaimé dans toute la France. Je ne citerai que l’Observatoire des politiques culturelles, organisé à Grenoble autour de René Rizzardo, militant engagé qui avait acquis de fines compétences d’expertise par ses échanges avec le ministère. Ce qui a été décidé et mis en œuvre entre 1981 et 2000 et, je le prétends, réussi, l’a été parce qu’il y avait une volonté de travailler mais aussi une réflexion continue.

En quoi les choses ont-elles changé ?

  1. A. : On a assisté à une bureaucratisation de la culture, accompagnée d’une obsession de la rentabilité financière. Le devoir d’un ministère de la Culture est évidemment de veiller à l’efficacité et à la retenue dans l’usage des deniers publics, mais il est dommage de s’en tenir à une logique comptable. Bureaucratisation et amoindrissement de l’imagination sont évidemment liés, les réglementations brimant les initiatives. Il faut que les équipes du ministère aient une faculté d’empathie avec les artistes qui ne tourne pas à la complaisance mais conduise à une recherche commune. On s’est ainsi aperçu qu’on peut être ministre de la Culture sans avoir un vrai goût des arts ou de la littérature ou en étant simplement armé des savoirs usuels à la sortie des universités, avec le brin d’assurance qui les accompagne. Un ministre instruit n’est pas forcément le mieux préparé à diriger une politique culturelle. Mais choisir quelqu’un issu de la société civile ne veut rien dire en soi. Où est la société civile de la création ? Un médecin praticien, nommé à la tête du service de santé, y est sans doute légitime, mais considérer la compétence culturelle de quelqu’un au seul prétexte qu’il exerce un métier dans ce domaine n’est pas forcément bon ! Admettons que le pompiste n’est pas forcément le mieux qualifié pour s’occuper de la gestion des politiques pétrolières… Il y a partout des chantiers à ouvrir ou à reprendre. Mais il faut pour cela des compétences et une connaissance du terrain plutôt que de conduire l’action à partir d’intuitions vagues et de déclarations générales.

Quels sont ces chantiers ?

  1. A. : D’abord la francophonie, en affirmant la volonté de travailler au service de la langue française dans les pays où elle est pratiquée et où elle a du mal à aboutir artistiquement. D’où viennent depuis vingt ans les grandes innovations théâtrales ? Soni Labou Tansi, qui est burkinabé, Koffi Kwahulé, toute la francophonie extrêmement vivace au Québec. Une des grandes apparitions de ces dernières années est Wajdi Mouawad, libano-québécois-français, sans compter Lepage, sans compter les grands Belges… Et je ne parle pas de toute l’Afrique du Nord où existent d’excellents artistes, qu’il ne s’agit pas de diriger mais avec lesquels il faut dialoguer et qu’il faut soutenir quand ils sont empêchés d’écrire ! Dans le domaine du théâtre, si on cherche des œuvres fortement marquantes, c’est là qu’on les trouve. C’est une facilité de considérer qu’il suffit de nommer un délégué à la francophonie sans le doter de services substantiels… Rien de plus absurde par exemple que le communiqué du ministère disant qu’il chassait le Tarmac pour y installer Théâtre Ouvert, sous prétexte que le lieu appartient à l’Etat, avec l’idée naïve que le travail spécifique de Théâtre Ouvert pourrait intégrer la francophonie comme dans un grand magma… Voyez le festival de la francophonie de Limoges, endroit de haute compétence et d’action dans ce domaine. Voyez aussi l’importance des réseaux à soutenir, comme celui des instituts français à l’étranger dont le rôle est capital. Travailler en réseau, cela veut dire connaître, collaborer dans le respect des autres, offrir des services, des conseils et des moyens, car rien ne se fait non plus sans moyens.

Quels sont les freins à ces chantiers nouveaux ?

  1. A. : J’ose le mot : la navigation à vue, au risque de l’incompétence. Nul ministre ne peut être omniscient, mais il est nécessaire qu’il s’entoure de collaborateurs expérimentés et parfaitement avertis. Voilà aussi pourquoi les nouvelles équipes ont intérêt à rester en contact avec les anciennes ! Le risque de cette incompétence est d’aboutir, comme aujourd’hui, à des ruptures de fait avec la profession. On ne s’étonnera pas alors de constater qu’il y ait, dans certains endroits, des dérives dans la mission des CDN. Au-delà de tout cela, les mesures annoncées comme devant servir de phares à la politique culturelle me paraissent inquiétantes. Le « passe culture » attribué aux jeunes est ainsi susceptible de graves dérives. La décentralisation, de Vilar à Vincent, repose sur une idée très exigeante de l’art. Il ne s’agit pas de donner au plus grand nombre l’occasion de se distraire et de consommer images ou textes, comme s’il s’agissait d’accéder à un marché de la culture, mais de faire connaissance avec cette chose rare qu’est l’émotion esthétique. Notons d’ailleurs qu’une telle tentative a échoué en Italie… Le succès de la décentralisation a été rendu possible par une collaboration étroite avec les enseignants et les diverses fédérations de culture populaire. Voyez le rôle essentiel qu’ont joué les Ceméa à Avignon. Des résultats extraordinaires ont été obtenus par la collaboration entre enseignants et praticiens de l’art en certains endroits, mais le chapelet de réussites n’a pas abouti à la réalisation d’un projet global ouvert à tous.

Pour quelles raisons ?

  1. A. : Comme pour le reste, parce que cela relève d’un défaut du projet politique. L’éducation artistique est certes l’acquisition de savoirs et de techniques mais aussi une éducation de l’imaginaire. Les Anglais le réussissent très bien dans leur enseignement : leur école ne forme pas d’abord des techniciens ou des érudits mais des gens ouverts, capables de s’adapter parce que l’école a développé leur capacité d’imaginer et de créer. Tel est le sens véritable du projet d’éducation artistique : ajouter un complément indispensable à la définition de l’éducation. Voilà qui est sans doute difficile à comprendre pour un esprit petit bourgeois ou pour des politiques qui se revendiquent de la normalité du Français moyen. Ce n’est pas à ce Français moyen qu’il faut demander l’effort d’imaginer une politique ambitieuse dans ce domaine ! L’extension nécessaire de l’éducation artistique réclame des moyens importants. Le « passe culture » coûte cher. Le danger, c’est que les sommes qui y seront consacrées soient ponctionnées sur des crédits généraux infiniment plus utiles ailleurs… Une idée aussi indigente que ce « passe culture » est dépourvue de véritable générosité dans la mesure où elle relève d’une incapacité à croire à la possibilité d’une collaboration des imaginaires pour transformer la société. La pratique de l’art, associée à l’acquisition d’un savoir, est extraordinairement enrichissante pour les futurs métiers des enfants et leur insertion dans la vie sociale. Voyez à cet égard la vivacité du secteur amateur et ses bénéfices civiques ! Ce secteur devrait d’ailleurs être rattaché au ministère de la Culture. Là encore, la cause est essentielle et n’est pas assez réfléchie ! C’est peu dire qu’il y a encore des choses à faire et la stagnation actuelle est d’autant plus stupéfiante qu’elle a lieu sous le mandat du premier Président de la République réellement cultivé depuis vingt ans ! Il est incroyable de l’entendre faire de magnifiques discours alors que, faute d’une politique culturelle qui renoue avec une réflexion sur les rapports entre la politique et l’art, son projet demeure infirme et reste prisonnier de vieilles routines et de gadgets inutiles.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

Le jeune public

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Précaution d’usage Ni leçon ni conseil !

Je veux juste, dans ces « articles » témoigner, raconter « MES » expériences et mettre ici en débat éventuel (avec celles et ceux qui voudraient le nourrir) les conclusions provisoires que j’en tire aujourd’hui avec le recul, l’humilité et la légèreté qui s’imposent

CHAPITRE 1 La place du jeune public ? La première
CHAP 2 Quels spectacles programmer ?
CHAP 3 Du point de vue des artistes
CHAP 4 L’expérience de la Scène Nationale d’Alençon
CHAP 3 Du point de vue des artistes
Ensuite, il convient de « réussir la rencontre »
Mais qui doit choisir ?
De quel droit ?
Alors, au bout du compte, comment choisir ?
Un métier formidable
CHAPITRE 1 La place du jeune public ? La première

La place du jeune public ? La première !

Si l’on adhère à cette conviction selon laquelle la rencontre avec l’œuvre d’art peut permettre à l’individu de mieux comprendre la marche du Monde, d’y trouver sa juste place et de participer à son évolution,

Si l’on accepte l’idée que ce n’est que dans la multiplicité de ces rencontres que l’individu pourra tracer, à travers les propositions d’univers singuliers, de cultures, de pratiques artistiques, de visions du monde, le chemin de sa vie

Si l’on accrédite l’hypothèse que cette rencontre, pour être efficace, doit se préparer, se domestiquer, s’initier afin de nourrir le spectateur en plaisir, émotion et intelligence…

Alors on donnera au jeune spectateur la place qui lui revient : la première.

Non pas parce que l’enfant constitue le spectateur adulte de demain (vision mercantile, jamais vérifiée, qui ne me convainc guère) mais parce que la fréquentation de l’Art, en général et du spectacle en particulier, doit faire partie de la formation de l’Etre Humain

On peut vivre sans Arts… mais vraiment moins bien !

CHAP 2 Quels spectacles programmer ?

On pourrait dire, comme une boutade, qu’il existe deux sortes de spectacles: ceux qui sont visibles par tous (les bons) et ceux qui ne sont visibles par personne (les mauvais).

J’en retiens le fait que j’ai toujours trouvé beaucoup de plaisir personnel à une représentation prétendument destinée aux enfants

– parfois en observant la réaction des enfants, tantôt inattendue, parfois surprenante, toujours intéressante et riche d’informations sur le fonctionnement et les personnalités de nos chères têtes blondes

– parfois par la forme artistique choisie et, personnellement, souvent par les esthétiques et les utilisations des techniques des arts plastiques particulièrement inventives

– parfois par les thèmes abordés souvent ambitieux voire difficiles: « trouver sa place dans la famille, le pays, le monde » – « Le droit à la différence » – « La curiosité » – « La mort » – « l’autorité » – « Le respect » …

Mais ce que j’ai toujours privilégier, c’est ce qui se passe après la représentation. J’ai tout fait pour organiser cet « après ». Laisser l’enfant seul gérer ses émotions est dangereux.

Il faut qu’il puisse en parler avec ses copains et copines (pense-t-il comme tout le monde ou autrement ? A-t-il compris la même chose ? A-t-il le droit de penser autrement ?…)

Il faut qu’il puisse en parler avec l’enseignant qui saura exploiter ce moment privilégier dans tous les domaines de l’apprentissage (français, histoire, maths, arts plastiques…) former ses élèves à l’esprit critique, développer sa curiosité et développer le vivre ensemble au sein de sa classe

Il faut qu’il puisse en parler en famille. Les enfants racontant le spectacle à leurs parents pendant le repas du soir me semble plus exaltant que le silence familial devant le journal télévisé.

J’ai donc toujours veiller à choisir des spectacles qui permettaient toutes ces ouvertures… Cette exigence en élimine un nombre considérable.

CHAP 3 Du point de vue des artistes

J’adhère à la formule souvent entendue:

« Le théâtre pour enfants c’est comme le théâtre pour adultes… mais en plus difficile »

L’enfant ne fera aucune concession, ne trouvera aucune excuse, ne fera aucun effort. S’il ne comprend pas, s’il n’est pas immédiatement intéressé, s’il n’aime pas, s’il s’ennuie… c’en est fini, rien ne le retiendra et il va se « dissiper ». L’enfant ne peux pas comprendre pourquoi il devrait « rester sage et silencieux ». Il n’est pas « à l’école », les codes ne sont pas les mêmes.Le premier « CHUTTT !!! » proféré par un adulte est le signal du début de la catastrophe que rien n’arrêtera. C’est la hantise des comédiens.

Et n’oublions pas que jouer à 9 h du matin n’est pas forcément dans la culture des comédiens.

Je le pense sincèrement, jouer pour un public d’enfants peut être passionnant, extrêmement gratifiant, mais c’est très difficile et demande du talent et de l’expérience

CHAP 4 L’expérience de la Scène Nationale d’Alençon

C’est en assistant à un « Noël de Comité d’Entreprise » que je me suis dit: »Non ça, vraiment ce n’est pas possible », il faut réfléchir vraiment et faire quelque chose.

Me souvenant de ma formation d’enseignant, je constate

1/ le choc subit par les enfants face aux codes liés à la représentation théâtrale. (On entre sagement, on s’assoit en ordre, puis il fait tout noir – frayeur des plus petits, pleurs parfois – pas le droit de se déplacer – même pour faire pipi – pas le droit de parler, d’appeler la maîtresse… Des gens dans beaucoup de lumière qui parlent fort, bizarrement habillés…C’est quoi tout ça ?). Comment peut-on espérer que notre bambin soit disponible pour écouter quoi que ce soit après ces premiers chocs qu’il vient de subir ?

Donc; il faut le prévenir, lui expliquer, le « former » le « faire à blanc ».

CHAP 3 Du point de vue des artistes

J’adhère à la formule souvent entendue:

« Le théâtre pour enfants c’est comme le théâtre pour adultes… mais en plus difficile »

L’enfant ne fera aucune concession, ne trouvera aucune excuse, ne fera aucun effort. S’il ne comprend pas, s’il n’est pas immédiatement intéressé, s’il n’aime pas, s’il s’ennuie… c’en est fini, rien ne le retiendra et il va se « dissiper ». L’enfant ne peux pas comprendre pourquoi il devrait « rester sage et silencieux ». Il n’est pas « à l’école », les codes ne sont pas les mLe premier « CHUTTT !!! » proféré par un adulte est le premier signe du début de la catastrophe que rien n’arrètera. C’est la hantise des comédiens. L’enfant ne peux pas comprendre

Ensuite, il convient de « réussir la rencontre »

Je vous livre une réflexion brutalement sans plus de commentaires :

Pour qu’un individu soit amener à « entendre » une proposition et à y adhérer éventuellement, il faut qu’il y trouve les 3 éléments (et si possible dans l’ordre) : Du PLAISIR, de l’EMOTION et de l’INTELLIGENCE. On observera, je crois, qu’un élément, pris séparément, menace de conduire à l’échec : l’émotion seule, à la manipulation possible, l’intelligence seule, à l’ennui probable, le plaisir seul ????

Le programmateur est donc un « médiateur ». Sa mission consiste à inviter la « bonne personne » à rencontrer le monde susceptible de lui plaire et/ou de l’émouvoir et/ou de l’intéresser.

Il lui faut donc bien connaître à la fois, les individus « public » (car la masse n’existe pas – Cf à nouveau Jean-Pierre Vincent : le public n’est qu’une juxtaposition

d’individus différents qui partagent au même moment et collectivement un même évènement) et l’œuvre proposée.

A la surprise générale, j’ai très souvent conseillé à des spectateurs de ne pas venir à certains spectacles. « Pas vous… Pas à celui-là… Pas maintenant… »

Dit trivialement, si vous réussissez à faire venir 500 personnes prises au hasard à une soirée poétique sur Lautréamont, vous n’êtes pas près de les revoir !!!

Mais qui doit choisir ?

De mon point de vue : Une personne unique, responsable et connue des financeurs, des élus et surtout du public. Cette personne identifiée est comptable, libre et donc pleinement responsable de ses choix assumés.

Le public doit savoir à qui il doit cette soirée inoubliable qu’il a vécue et à l’inverse qui est responsable de ce moment d’ennui insupportable, de ce vol qualifié, qu’il à payé 20 €.

Ce n’est pas par hasard que le ministère (et l’ONDA, j’y reviendrai) exigeait, pour financer une structure, que le directeur soit l’unique responsable de la programmation.

Et il y a d’autres raisons :

Il est tout de même assez normal que, dans la mesure du possible, on « voit » avant d’acheter… Un spectacle comme n’importe quoi d’autre. Le poste « déplacements du programmateur» est (et doit être) financièrement lourd pour la structure. Pour en « choisir » 50, je voyais chaque année plus de 200 spectacles. Je ne faisais que mon travail.

Par ailleurs, il faut de longues années d’expérience pour « juger de la qualité d’un spectacle » et pour évaluer l’intérêt qu’il peut représenter pour le public. J’y reviendrai longuement.

Puissent les élus, financeurs et décideurs lire ce chapitre !!!

Bien sûr, la « prise de risque » s’impose à l’évidence lorsque, d’une manière ou d’une autre l’on participe à la production et que l’on s’engage, en conséquence, à montrer le spectacle fini alors qu’il n’en est qu’au stade de projet.

De quel droit ?

Cette question m’a hanté pendant des années. Elle est régulièrement posée au programmateur sous forme d’attaque frontale 1/ par les artistes 2/ par tous ceux qui n’ont pas ce pouvoir 3/ par tous les spectateurs éventuellement déçus 4/ par les élus quand un spectacle n’a pas plu (voir quand il a fait scandale).

Là encore c’est normal. Il s’agit d’un pouvoir discrétionnaire considérable évidemment.

Il s’agit donc, pour soi-même, d’être parfaitement au clair sur la légitimité de son

exercice, ses limites et les modalités de son exercice.

Choisir les spectacles n’est pas un « droit » mais un « devoir ».

Alors, au bout du compte, comment choisir ?

Le premier piège, me semble-t-il, est la question des « goûts » du programmateur. Qu’il aime ou n’aime pas la danse, Brassens ou Cyrill Hanouna ne devrait intéresser personne et rester dans le domaine de la sphère privée. « Je programme parce que j’aime ça » relève (de mon point de vue bien sûr) de la faute professionnelle.

Oui, j’ai programmé de nombreux spectacles qui ne correspondaient pas à ma sensibilité artistique et j’ai refusé de nombreux copains que j’avais plaisir à voir sur scène pour nombre de raisons personnelles.

Si l’on adhère aux quelques idées développées ici, les questions à se poser deviennent assez limpides :

1/ En quoi ce spectacle propose-t-il un univers singulier ou, pour le moins, un réel point de vue sur le « fonctionnement du monde »

2/ En quoi est-il susceptible d’interroger les certitudes, aprioris, idées reçues du spectateur relatifs à la « Marche du monde » (de « changer la vie ! »)

3/ Offre-t-il « Plaisir », « Emotion » et « Intelligence »

Si je réponds positivement à ces trois questions, alors je programme ce spectacle…

Heu…

– S’il est disponible aux dates auxquelles je peux l’accueillir

– Si j’en ai les moyens financiers

– S’il est compatible avec les possibilités techniques de la salle

– …

Un métier formidable

On l’aura compris, je l’espère. Ce long article se veut un hommage confraternel à tous les programmateurs dans toute la France (et ailleurs – Quebec, Belgique notamment que j’ai bien connus) qui font ce travail avec compétence et passion. S’il existe, comme dans tous les métiers, quelques rares « erreurs de casting » qui décident de leur fauteuil de « patron » par copinage ou cooptation, l’immense majorité se bat au service des artistes et du public, et parvient à obtenir d’eux cet indispensable lien de confiance, et de respect mutuel.

J’ai fait ce métier avec une totale liberté et des moyens (notamment de déplacement) importants que m’octroyait le statut de « Scène Nationale ». Mon respect et mon admiration n’en sont que plus sincères envers tous mes collègues qui doivent se battre dans l’adversité politique, sans soutien réel et sans moyens suffisants.

Et, aux dernières nouvelles, on me dit que leur situation ne s’arrange pas vraiment.

Programmateur… un METIER formidable.

Rideau Scène

Programmateur … un drôle de métier

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CHAPITRE 1 «Programmateur» c’est un métier !!!
CHAPITRE 2 Un être convoité
CHAPITRE 3 Qu’est-ce que « programmer un spectacle » ?
CHAPITRE 4 Ensuite, il convient de « réussir la rencontre »
CHAPITRE 5 Mais qui doit choisir ?
CHAPITRE 6 De quel droit ?
CHAPITRE 7 Alors, au bout du compte, comment choisir ?
CHAPITRE 8 Un métier formidable
CHAPITRE 1 «Programmateur» c’est un métier !!!

Précaution d’usage: Ni leçon ni conseil !

Je veux juste, dans ces « articles », témoigner, raconter « MES » expériences et mettre ici en débat éventuel (avec celles et ceux qui voudraient le nourrir) les conclusions provisoires que j’en tire aujourd’hui avec le recul, l’humilité et la légèreté qui s’imposent

 

« Programmateur » c’est un métier

« Programmateur » c’est un métier !!! (Ce fut le mien pendant 40 ans !!!)… Complexe et à la mission souvent mal (ou pas du tout) définie.

« Inviter » (en les payant !) des spectacles dans une salle, … Facile semble-t-il.

Tellement facile que je ne compte plus les « adjoints à la culture » de villes petites et moyennes qui, tout fraîchement élus, se disent capables, s’en mêlent et se sentent investis d’une compétence soudaine.

Je connais même un lieu dans lequel on a demandé à un employé municipal chargé de la maintenance de la salle de programmer 6 spectacles par an.

Je crois, moi, que c’est une mission magnifique, essentielle à l’action culturelle et artistique d’une ville, ingrate et qui nécessite des compétences complexes : Quoi (ou qui) programmer ? Pourquoi faire ? Comment choisir ? Qui choisit ? Pourquoi lui ou elle ? De quel droit ? Sur quels critères ?

J’ai « pataugé » pendant au moins 10 années, dans une grande solitude, avant de parvenir à trouver quelques réponses à ces questions. En tous cas MES réponses…Alors si aujourd’hui, je peux aider la réflexion des petits jeunes … Leur proposer des pistes que je n’ai pas eues.

CHAPITRE 2 Un être convoité

CHAPITRE 2

Un être convoité

Contrairement à ce que l’on peut penser de l’extérieur, le problème n’est vraiment pas de trouver des spectacles mais de choisir parmi tous ceux qu’on aimerait inviter.

Les programmateurs sont extrêmement sollicités, convoités, flattés, détestés ou adoubés

J’ai compté plusieurs années de suite… Je recevais plus de 500 invitations par

saison pour aller voir des spectacles, dans toute la France (et même à l’étranger) souvent suivies de communications téléphoniques destinées à s’assurer que j’avais bien reçu… à quelle date je venais… s’il fallait me réserver un hôtel…

Tout cela est normal.

Etre programmé, (à fortiori dans une Scène Nationale) pour un artiste ou une compagnie, c’est simplement vital (dans tous les sens du mot : vital économiquement bien sûr, mais aussi artistiquement, socialement, psychologiquement, humainement…. Un artiste qui n’est pas programmé (donc qui ne joue pas) n’existe pas.

Quand un programmateur ne vient pas voir le spectacle pour lequel il a été invité, l’artiste considère qu’il ne « sort jamais » ne va voir « personne ». Que si l’artiste n’est pas choisi c’est parce que le programmateur est nul, il a des « goûts de chiotte », qu’il ne tient pas compte des goûts du public (lequel aurait évidemment adoré !!!). C’est normal, je le sais, je pensais la même chose des programmateurs qui n’achetaient pas MES spectacles.

Un programmateur doit absolument (je crois) comprendre ça et accepter ce qui peut être considéré comme du harcèlement parfois difficile à vivre.

Un artiste doit, de son côté, comprendre que, contrairement à ce qu’il croit légitimement, il n’est pas le seul au monde à faire de remarquables créations, que le programmateur ne peut pas tout voir et qu’il refusera 9 fois sur 10 (j’ai compté) de le programmer.

Donc le programmateur qui, rappelons-le avec force n’est rien s’il n’a rien à programmer. il est donc au service conjoint de la « création artistique » et du public. C’est un rôle compliqué mais définitivement exaltant.

CHAPITRE 3 Qu’est-ce que « programmer un spectacle » ?

CHAPITRE 3

Qu’est-ce que « programmer un spectacle » ?

Je risque la formule suivante :

C’est organiser la rencontre réussie entre une œuvre d’art et un individu spectateur.

Vaste question, vaste projet…

Jean-Pierre Vincent disait (entre autres merveilles) : « L’individu sortant d’un spectacle n’est jamais exactement le même que celui qui est entré. »

J’adhère absolument à cette idée. Oui un spectacle doit littéralement (à des degrés divers évidemment) « changer la vie de l’individu »

Peut-être, pour comprendre mon point de vue, doit-on partager cette autre conviction : Le rôle de l’œuvre d’art (et de l’artiste) est de « proposer un monde, un univers particulier » ou, pour le moins « proposer une vision singulière de Ce monde »

Dit simplement, il s’agirait donc, pour l’artiste, de proposer un univers particulier, son univers. Libre à l’individu spectateur de se laisser « intéresser », « séduire » par cette

proposition ou de la rejeter, toute ou partie, au profit d’une autre vision.

Ainsi, au fil des spectacles, l’individu choisira dans les diverses propositions, exerçant ainsi sa curiosité, son ouverture d’esprit, ses capacités critiques… sa Liberté. Cet exercice répété l’aidera à mieux comprendre le Monde et à y trouver sa juste place.

On comprendra, par parenthèse, l’importance de permettre cette pratique le plus tôt possible dans la vie de l’individu et, du même coup, le rôle essentiel du « spectacle pour le jeune public » (j’y reviendrai)

Oui, une représentation d’un spectacle peut « changer la vie ». Ce fut le cas pour moi et pour d’innombrables personnes dont les témoignages, encore aujourd’hui, continuent à consolider cette conviction

La question devient donc : « Comment reconnaître, dans un spectacle, une vision singulière du monde ? ».

Mais c’est facile ! Qui contesterait que Raymond Devos, par exemple propose une vision singulière du monde ? Et la même vision, toute sa vie, dans tous ces spectacles ? Et Pina Bausch ? Et Shakespeare ? Et Brassens ? Et David Bobee ?, François Morel ?… Et tant d’autres.

En fait (et j’ose le dire) tous ceux que j’ai programmé dès l’instant où j’ai adhérer à cette vision de ma mission. Dès l’instant où je suis parti à la recherche fébrile de « visions singulières du Monde » (rires !!!)

J’avais écrit « Et Cyrill Hanouna ? » Oui, dans la mesure où cet individu propose un monde identifié, décadent, vulgaire et populiste… et toujours le même, il fait son « œuvre ». J’espère que personne ne songerait à la qualifier d’artistique (alors même qu’elle est « spectacle » et qu’elle en utilise les outils et les ressorts).

CHAPITRE 4 Ensuite, il convient de « réussir la rencontre »

CHAPITRE 4

Ensuite, il convient de « réussir la rencontre »

Je vous livre une réflexion brutalement sans plus de commentaires :

Pour qu’un individu soit amener à « entendre » une proposition et à y adhérer éventuellement, il faut qu’il y trouve les 3 éléments (et si possible dans l’ordre) : Du PLAISIR, de l’EMOTION et de l’INTELLIGENCE. On observera, je crois, qu’un élément, pris séparément, menace de conduire à l’échec : l’émotion seule, à la manipulation possible, l’intelligence seule, à l’ennui probable, le plaisir seul ????

Le programmateur est donc un « médiateur ». Sa mission consiste à inviter la « bonne personne » à rencontrer le monde susceptible de lui plaire et/ou de l’émouvoir et/ou de l’intéresser.

Il lui faut donc bien connaître à la fois, les individus « public » (car la masse n’existe pas – Cf à nouveau Jean-Pierre Vincent : le public n’est qu’une juxtaposition

d’individus différents qui partagent au même moment et collectivement un même évènement) et l’œuvre proposée.

A la surprise générale, j’ai très souvent conseillé à des spectateurs de ne pas venir à certains spectacles. « Pas vous… Pas à celui-là… Pas maintenant… »

Dit trivialement, si vous réussissez à faire venir 500 personnes prises au hasard à une soirée poétique sur Lautréamont, vous n’êtes pas près de les revoir !!!

CHAPITRE 5 Mais qui doit choisir ?

CHAPITRE 5

Mais qui doit choisir ?

De mon point de vue : Une personne unique, responsable et connue des financeurs, des élus et surtout du public. Cette personne identifiée est comptable, libre et donc pleinement responsable de ses choix assumés.

Le public doit savoir à qui il doit cette soirée inoubliable qu’il a vécue et à l’inverse qui est responsable de ce moment d’ennui insupportable, de ce vol qualifié, qu’il à payé 20 €.

Ce n’est pas par hasard que le ministère (et l’ONDA, j’y reviendrai) exigeait, pour financer une structure, que le directeur soit l’unique responsable de la programmation.

Et il y a d’autres raisons :

Il est tout de même assez normal que, dans la mesure du possible, on « voit » avant d’acheter… Un spectacle comme n’importe quoi d’autre. Le poste « déplacements du programmateur» est (et doit être) financièrement lourd pour la structure. Pour en « choisir » 50, je voyais chaque année plus de 200 spectacles. Je ne faisais que mon travail.

Par ailleurs, il faut de longues années d’expérience pour « juger de la qualité d’un spectacle » et pour évaluer l’intérêt qu’il peut représenter pour le public. J’y reviendrai longuement.

Puissent les élus, financeurs et décideurs lire ce chapitre !!!

Bien sûr, la « prise de risque » s’impose à l’évidence lorsque, d’une manière ou d’une autre l’on participe à la production et que l’on s’engage, en conséquence, à montrer le spectacle fini alors qu’il n’en est qu’au stade de projet.

CHAPITRE 6 De quel droit ?

CHAPITRE 6

De quel droit ?

Cette question m’a hanté pendant des années. Elle est régulièrement posée au programmateur sous forme d’attaque frontale 1/ par les artistes 2/ par tous ceux qui n’ont pas ce pouvoir 3/ par tous les spectateurs éventuellement déçus 4/ par les élus quand un spectacle n’a pas plu (voir quand il a fait scandale).

Là encore c’est normal. Il s’agit d’un pouvoir discrétionnaire considérable évidemment.

Il s’agit donc, pour soi-même, d’être parfaitement au clair sur la légitimité de son

exercice, ses limites et les modalités de son exercice.

Choisir les spectacles n’est pas un « droit » mais un « devoir ».

CHAPITRE 7 Alors, au bout du compte, comment choisir ?

CHAPITRE 7

Alors, au bout du compte, comment choisir ?

Le premier piège, me semble-t-il, est la question des « goûts » du programmateur. Qu’il aime ou n’aime pas la danse, Brassens ou Cyrill Hanouna ne devrait intéresser personne et rester dans le domaine de la sphère privée. « Je programme parce que j’aime ça » relève (de mon point de vue bien sûr) de la faute professionnelle.

Oui, j’ai programmé de nombreux spectacles qui ne correspondaient pas à ma sensibilité artistique et j’ai refusé de nombreux copains que j’avais plaisir à voir sur scène pour nombre de raisons personnelles.

Si l’on adhère aux quelques idées développées ici, les questions à se poser deviennent assez limpides :

1/ En quoi ce spectacle propose-t-il un univers singulier ou, pour le moins, un réel point de vue sur le « fonctionnement du monde »

2/ En quoi est-il susceptible d’interroger les certitudes, aprioris, idées reçues du spectateur relatifs à la « Marche du monde » (de « changer la vie ! »)

3/ Offre-t-il « Plaisir », « Emotion » et « Intelligence »

Si je réponds positivement à ces trois questions, alors je programme ce spectacle…

Heu…

– S’il est disponible aux dates auxquelles je peux l’accueillir

– Si j’en ai les moyens financiers

– S’il est compatible avec les possibilités techniques de la salle

– …

CHAPITRE 8 Un métier formidable

CHAPITRE 8

Un métier formidable

On l’aura compris, je l’espère. Ce long article se veut un hommage confraternel à tous les programmateurs dans toute la France (et ailleurs – Quebec, Belgique notamment que j’ai bien connus) qui font ce travail avec compétence et passion. S’il existe, comme dans tous les métiers, quelques rares « erreurs de casting » qui décident de leur fauteuil de « patron » par copinage ou cooptation, l’immense majorité se bat au service des artistes et du public, et parvient à obtenir d’eux cet indispensable lien de confiance, et de respect mutuel.

J’ai fait ce métier avec une totale liberté et des moyens (notamment de déplacement) importants que m’octroyait le statut de « Scène Nationale ». Mon respect et mon admiration n’en sont que plus sincères envers tous mes collègues qui doivent se battre dans l’adversité politique, sans soutien réel et sans moyens suffisants.

Et, aux dernières nouvelles, on me dit que leur situation ne s’arrange pas vraiment.

Programmateur… un METIER formidable.

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http://jeanclaudecollot.fr/pantheon/gauvain-sers-3/

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