Claire Aubrat

Responsable de la programmation culturelle dans le département de l’Orne pour le compte du Conseil Départemental.

Outre le principe même de ce type d’action artistique et culturelle d’un département rural (qu’il convient évidemment de saluer), au-delà même de la qualité des propositions de spectacles que Claire Aubrat propose et particulièrement dans le domaine de la chanson française,
je suis touché par le parcours de cette jeune femme parce qu’il montre que les notions « d’éducation populaire », de « décentralisation », « d’élargissement des publics »… ne sont pas des fantasmes de vieux animateurs dépassés et que, au contraire, elles n’ont jamais été aussi pertinentes et indispensables.
Belle histoire, en effet que celle de Claire Aubrat. Habitante d’un village rural, son papa est agriculteur, sa maman institutrice, elle se trouve, gamine, impliquée, en même temps que ses parents dans la venue d’une troupe de théâtre qui organise, l’été un « stage de réalisation ». Comme c’est souvent le cas parce que ces compagnies en ont la volonté et qu’elles savent le faire, tous les habitants, grands et petits sont impliqués bénévolement dans l’histoire pour une aventure, certes artistique mais avant tout humaine. Claire, enthousiaste, est profondément marquée et ces expériences répétées chaque année vont déterminer sa vie.
Aujourd’hui toute son énergie, son savoir-faire, ses compétences longuement acquises par des études appropriées, son talent sont mobilisés avec un objectif unique (et que je trouve magnifique): permettre aux jeunes ruraux de bénéficier de la chance (ou plutôt de l’opportunité) qui lui a été offerte à elle.

Elle le fait avec beaucoup d’intelligence, parfaitement consciente qu’elle doit aider les deux bouts de la chaîne: les créateurs d’un côté, le public de l’autre pour permettre cette rencontre qui n’a rien de spontané, rien d’évident et rien de facile.

Elle le fait dans des conditions extrêmement difficiles. Elle ne s’en plaint pas d’ailleurs, elle connaît son métier. Elle doit d’abord convaincre les élus locaux du bien-fondé de la politique culturelle du Département. (Il est toujours tellement plus facile de donner dans le prestige que dans le travail de fond).
Elle n’est pas totalement libre de ses choix; les élus du village donnent leur avis sur les spectacles qu’elle est amenée à leur proposer, déjà choisis avec des contraintes financières et techniques extrêmement lourdes.

Si par bonheur les élus pouvaient comprendre que Claire est une professionnelle et qu’ils auraient tout intérêt à lui faire aveuglément confiance parce que, eux, ne savent pas faire.
Qu’ils soient rassurés, le public jugera et il ne se trompe jamais.
Ils pourront toujours faire porter le chapeau à Claire si, une fois, ça se passe mal. Ils se protègeront ainsi et Claire, j’en suis sûr, ne demandera que d’assumer pleinement ses responsabilités.

Quand j’observe Claire au travail je me dis que pour moi c’était tellement plus facile: j’étais libre et responsable… totalement.

On comprendra qu’à travers Claire Aubrat, je rends hommage à tous ces acteurs de terrain qui, dans des conditions très difficiles, amènent l’art et la culture au plus près des populations parce qu’ils savent que les personnes les plus éloignés des lieux de création et de diffusion artistiques sont défavorisées et  que pourtant à l’art et la culture, elles le MERITENT et elles Y ONT DROIT.

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