Jean-Michel Boris

Directeur pour toujours et à jamais de l’une des plus grandes et des plus prestigieuses salles de Music-Hall du Monde :
Le Théâtre de l’OLYMPIA – Bruno Coquatrix

Je suis comme ça et n’y puis rien changer.  Quand j’entre dans la Comédie Française, je sens Molière partout. Au Théâtre de l’Athénée, c’est Louis Jouvet que je m’attends à voir sortir des toilettes.
Il est des lieux « habités », peuplés non pas de fantômes mais d’âmes, de « présences » gravées dans les murs par la musique, les mots, la force des images, la puissance des émotions…
Alors, à l’Olympia….  Tout le monde est là… J’en ai tellement vu sur ces planches, tellement été marqué par ces Brassens, Halliday, Barbara, Reggiani ? et d’autres…
Merci à mon grand âge de me permettre ça !

ET l’éternel maître de ce bâtiment mythique, le patron incontesté de toute cette histoire, le découvreur souvent, l’accoucheur, le conseiller, le papa… de tous ces incroyables talents, le responsable du bonheur de millions de spectateurs, le « Pape » du Music-Hall… J’eus la chance de le croiser et l’honneur d’être resté son ami.

Je raconterai peut-être un jour ici pourquoi, en 1988, je me suis lancé dans la « production privée » et j’ai été amené à « produire » RUFUS et Les Nouveaux Nés à l’Olympia.
Plus qu’une histoire ce fut une épopée
« Produire » signifie financer, donner de l’argent (et souvent plutôt beaucoup) pour permettre à un projet artistique de se réaliser.
La Scène Nationale a souvent été « productrice » et l’argent mis à disposition était celui des subventions.
« Production privée » c’est la même chose sauf que l’argent est privé.
L’incidence immédiate est que le « producteur privé » investit avec l’espoir de récupérer sa mise en « vendant » le spectacle.

J’ai donc fait ça : J’ai mis sur la table de l’argent (que je n’avais pas mais que j’avais obtenu en hypothéquant ma petite masure) pour « produire à l’Olympia ».

Et c’est ainsi que j’ai été reçu par Jean-Michel Boris, dans son bureau, à l’Olympia.

Quel souvenir !!!

Je n’y connaissais absolument rien. Arrivant de ma province, j’avais de ce monde du « show-biz » une vision caricaturale (pognon, gros cigare, petites nanas, exploiteurs, suceurs de talents… et pognon, pognon….), vision qui peut parfois trouver une relative réalité…

Mais je ne connaissais pas Jean-Michel Boris.
Il m’a évidemment immédiatement vu arriver… d’Alençon, de ma « scène nationale » (c’est-à-dire du théâtre subventionné)… d’un autre monde.
Il aurait pu se moquer (pour le moins) ou simplement me dévorer tout cru dans l’heure.

Au lieu de ça, il m’a écouté, m’a conseillé, m’a pris sous son aile.
Il m’a même accompagné au Centre National des Arts du Cirque de Chalon pour me donner son avis sur la capacité de 4 clowns (alors élèves de cette école prestigieuse) à assurer, un an plus tard, la première partie de Rufus. Il était sceptique mais, puisque j’y croyais, il m’a fait confiance.
Il m’a présenté des gens formidables (qui ne m’auraient même pas regardé sans son intermédiaire) : Alain Montier (agence de pub Mermon), Charley Marouani… et tant d’autres inconnus du grand public

Il a tout fait. Ensemble, nous avons tout fait…très bien
Et j’ai signé un contrat pour un passage de 15 jours de Rufus à l’Olympia…
C’est-à-dire pour une fortune dont je n’avais pas le premier sou…
Mais j’ai signé.

C’était un incroyable et courageux pari (me disait Jean-Michel)

Mais,

Deux mois avant la première représentation, Jean-Michel m’appelle :
« Jean-Claude, je n’ai jamais vu une chose pareille de toute ma carrière, je n’ai pas une seule réservation pour Rufus ».

La salle offre 2 000 places par soir. Nous l’avions réservée pour 15 jours.

Personne donc, il n’y aurait personne…

Les raisons étaient multiples et totalement indépendantes de l’incontestable talent de Rufus.
Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que la « guerre du Golfe » (Nous sommes en 1990) viderait toutes les salles de spectacles de France.

Pour que je passe le restant de ma vie à payer ma dette, il eut suffi que Jean-Michel Boris ne fasse rien d’autre que de respecter nos engagements mutuels.

Au lieu de ça, il a déchiré le contrat, encouragé tous les autres partenaires à en faire autant….
Il a décidé que nous ne ferions que 3 jours à l’Olympia et a même trouvé un remplaçant à Rufus au pied levé (dans le contexte décrit plus haut

Jean-Michel Boris m’a sauvé la vie.
Il a volontairement extirpé l’imprudent que j’étais des sables mouvants dans lesquels il s’enlisait inéluctablement

J’ai appris depuis que je n’avais pas été le seul à être ainsi sauvé.

Je l’ai vu et le vois encore curieux de nouveaux talents allant toujours aux spectacles (Nous étions ensemble en mai 20018 pour le spectacle de François Morel à l’Olympia (voir photos).

Il aime aujourd’hui encore les artistes, les spectacles, et les spectateurs comme il les a toujours aimés.

Quand, aujourd’hui, il retourne dans SA maison, il embrasse tout le monde, chacun se précipite pour le saluer, il est accueilli comme le « tenancier » de la boîte, le père…

Il est la référence absolue de l’histoire du Music-Hall.

Pour moi, il est mon sauveur, mon modèle, mon ami… Définitivement.

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