Kevin Douvilliez

Programmateur aguerri (Les Francofolies de La Rochelle, Mythos… ) producteur… il est aujourd’hui directeur artistique du « Chainon Manquant »

Et il faut être très « aguerri », très professionnel et très talentueux pour diriger ce festival, Le Chainon Manquant, très atypique, complexe autant que passionnant.

L’idée de cette organisation est double :
– montrer les spectacles créés dans toutes les régions de France
– Réunir des programmateurs de petits lieus (théoriquement), adhérents à l’organisation, en une sorte de « centrale d’achat » pour optimiser la diffusion de ces spectacles.
L’idée est donc excellente, généreuse et, aujourd’hui, opérationnelle.

Sa mise en œuvre est extrêmement complexe et l’histoire du Chaînon manquant (que je connais bien, depuis son origine – 1991) est … « chaotique ».

Imaginez :
Vous mettez dans un même creuset un très grand nombre de directeurs de salles (ou assimilés). Certains professionnels expérimentés disposant de moyens financiers importants et d’autonomie de décisions, d’autres dépendant directement d’un maire qui décidera lui-même des choix proposés, d’autres totalement inexpérimentés, d’autres, employés municipaux programmant 3 spectacles par an dans une petite bourgade, d’autres…
De ce rassemblement extrêmement hétérogène, en bon démocrate, vous extrayez un Conseil d’Administration qui va gérer, organiser, décider…
Le tout, dans le monde du « Spectacle Vivant » où les égos sont relativement développés… et vous avez toutes les chances de générer un « merdier » (c’est le mot qui me vient et je m’en excuse) difficile à décrire.

Que l’on me comprenne bien, les individus ne sont pas en cause. J’ai rencontré, au Chaînon, des gens formidables, passionnés, généreux, travailleurs… Et je ne me moque pas bien au contraire. Certaines années, la chose a fonctionné comme par miracle mais les problèmes furent divers, multiples et récurrents. Mais ils ont avancé, réglé les soucis un par un en épuisant (en lynchant parfois) des directeurs compétents qu’ils avaient pourtant choisis.

J’ai, personnellement une belle histoire avec eux, et je ne résiste pas au plaisir de vous la conter.
Bien sûr, l’immense majorité des adhérents manquait cruellement de moyens (financier, technique…) et de soutien politique et avait développé, par crainte de se faire manger, par jalousie, par méconnaissance… une véritable haine de « l’Institution ». (Entendez par là, les Centres Dramatiques, les Scènes Nationales, Grands Théâtres de Villes…  qu’ils appelaient les « nantis »)
Or, je voulais adhérer au « Chainon manquant » parce que je trouvais l’idée intéressante, je voulais voir les spectacles qu’il proposait et je voulais connaître ces collègues qui faisaient le même métier que moi dans des conditions bien plus difficiles et j’étais curieux de leur fonctionnement.
Mais j’étais de l’Institution… Et la violence avec laquelle je me suis fait jeter a fait … que je n’ai eu de cesse d’y entrer.
Et j’y suis parvenu.
Et je ne l’ai jamais regretté.
Aujourd’hui encore je participe , chaque année, à ce festival que j’aime, à Laval et je constate que pour tous ces gens, programmateurs, artistes, la situation est encore plus difficile qu’à l’époque. Et je constate aussi qu’ils ont grandi. L’organisation « Chaînon » a grandement participé à la professionnalisation des acteurs d’une filière très importante ; celle des innombrables directeurs (ou au moins programmateurs) de petits lieux disséminés sur tout le territoire. Ils sont essentiels à la diffusion (et donc à la vie) de la création artistique mais aussi à le rencontre indispensable des habitants avec l’Art et la Culture.
Il reste que, de toute l’histoire du « Chaînon Manquant », Alençon fut la seule « institution » a en être membre… Bien sûr, ce n’est pas allé jusqu’à m’accepter dans les instances dirigeantes et, bien sûr, la SN61 n’est plus adhérente depuis mon départ.

Mais je suis heureux de voir le formidable travail qu’accomplit aujourd’hui Kévin Devilliez, la pertinence de ses choix et le succès public qui ne se dément pas.
En grand professionnel, il sait y faire et il est à l’écoute, diplomate… et résistant.
Mais les vieux démons réapparaissent de temps en temps et la pauvreté grandissante du secteur n’arrange rien.
Pour tout dire, et vous l’aurez compris, je suis admiratif de tous ces acteurs et spécialement de Kévin Devilliez qui ajoute à sa compétence et à son talent, une attitude adorable avec ses anciens compagnons d’arme.

Les réactions suite à la publication...

La réaction de Kévin Douvilliez:

Je viens de lire la chronique sur le Chaînon dans ton Panthéon. (Oui j’ai mis du temps mais on aime rarement lire sur soi!)
Quelle belle vision du Chaînon tu as et quel rôle au final tu as joué dans tout cela!
Tu as permis à une époque à ce réseau de se crédibiliser.
Je suis toujours à la recherche de cette SN qui démontrera que le Chaînon a sa pertinence pour tous lieux, qu’ils soient grands ou petits, privées ou institutionnels…
Merci en tout cas pour cette appréciation : elle me touche d’autant qu’elle vient d’un grand professionnel.

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