Pierre Perret

Pour la saison 1987-88, je décidais d’inviter Pierre Perret.

Je rêvais, évidemment, de pouvoir présenter aux alençonnais ce « monument » de la chanson française, cet auteur incontournable dont les chansons étaient entrées dans les manuels scolaires pour être étudiés par les enfants des écoles primaires au même titre que Molière ou La Fontaine.

Il s’agissait de ne pas se « contenter » de lui demander de (de le payer pour) chanter devant un public déjà conquis et que connaissait ses chansons par cœur. Je voulais (comme la plupart de mes collègues) profiter de sa venue pour organiser toute une « action culturelle » (comme on dit) pour permettre au alençonnais (et spécialement aux enfants) de le mieux connaître et pour offrir aux enseignants une belle opportunité de travailler sur ses textes.

Pour organiser une telle opération, il faut évidemment s’y prendre un an à l’avance et travailler sérieusement la question, en particulier avec Pierre Perret lui-même.

Il faut, je crois, se rendre compte que les artistes d’une telle notoriété sont sollicités en permanence pour tout et n’importe quoi, par n’importe qui, pour le pire et le meilleur. Il ne se protègent pas par snobisme ou « chochotterie » ou égo démesuré mais par nécessité absolue… Question de survie.

Mais il a accepté de me recevoir, chez lui, en tête à tête, pendant toute une journée.
Premier bonheur, première découverte d’un homme exceptionnel en tous points fidèle à sa réputation, à l’image que tout le monde en a : chaleureux, drôle, sensible, le cœur sur la main. Aucune retenue, aucune réserve, aucune méfiance.
Et je comprends ce jour-là, à quel point il a besoin d’être protégé. Non parce qu’il est fragile, il ne l’est pas. Non parce qu’il ne saurait pas dire « non » ou parce qu’il n’oserait pas refuser… Mais parce qu’il n’en a pas envie.
Son excessive générosité d’âme, son amour des gens, sa convivialité débordante, sa joie de vivre en feraient une proie.

Donc, il est venu.
Nous avions organisé un concours de dessins avec toutes les écoles primaires (pratiquement toutes ont répondu). Chaque classe devait illustrer une chanson.
Quel magnifique travail des enseignants, une fois encore!
Nous avons exposé tous ces dessins dans une grande salle pendant 15 jours. L’exposition a été visitée par un énorme public et… par Pierre Perret.
Je me souviendrai toujours de son bonheur en découvrant tous ces dessins.

Nous avions organisé un concours (sérieux… avec un jury d’adultes et d’enfants et des lauréats par catégorie d’âge…)
Et la quinzaine de « vainqueur » ont été invité à partager un goûter avec Pierre Perret.
Et quel goûter…  concocté par le grand chocolatier alençonnais « Pédro », vraiment en tête à tête.
Je m’étais immiscé, je l’avoue et j’ai vu… les yeux des enfants, le bonheur de Pierre, le moment incroyable ou il a pris sa guitare devant ces vingt gamins et a chanté deux chansons, rien que pour eux.
J’ai pleuré, je crois.

Et puis, la dédicace à la librairie….

Et puis le repas au « Petit Vatel »… Pour « régaler » le fin gastronome Perret, il faut un sacré talent. Et Michel Lerat, le chef en avait… beaucoup, de talent  et, là encore, la rencontre fut belle et  le mot de Pierre Perret sur son livre d’Or est resté comme un de ses « trophées » préférés.

Pierre Perret a, bien sûr, été payé, avec ses musiciens, pour le concert qu’il a donné à Alençon comme il est payé partout ailleurs, et au même tarif parce que c’est son métier.
Il nous offert, en supplément, son temps et son cœur grand ouvert. Tous ne le font pas car rien ne les y oblige. Pierre Perret restera pour moi le plus généreux d’entre tous.

C’est dans des moments comme ceux-là que je me suis dit souvent que mon métier était quand même « extraordinaire » !!!

Vous voulez une petite cerise sur ce beau gâteau ?

J’ai recroisé Pierre Perret, 15 ans plus tard, au hasard, dans une brasserie parisienne.
Je pensais sincèrement que légitimement il avait oublié Alençon. Nous ne nous étions pas revus et n’étions évidemment pas « amis ». Des villes et des aventures comme celles-là, il en a vécu beaucoup évidemment.
Il m’a vu, s’est déplacé… « C’est toujours aussi bien Alençon ? »

Merci Pierre Perret à jamais

S'il vous plaît, dites-moi quelque chose ici !